Des impacts maintenant et demain

L’échec scolaire a des effets sur l’équilibre de l’enfant tout comme sur celui du parent. L’estime de soi est perçue comme étant un indicateur de bien-être psychologique. Le sentiment de valeur de soi s’élabore dès l’enfance. Il se développe au-delà et à travers les expériences de réussites, d’échecs ainsi que par la considération et le jugement des autres. La mauvaise réussite scolaire est dangereuse dans la mesure où elle est représente un risque de voir apparaître un effet cumulatif qui entraîne l’enfant progressivement dans une spirale descendante : difficultés, dévalorisation, démission, désintérêt, décrochage. Divers troubles peuvent aussi apparaître : le stress et l’anxiété, la dépression, les troubles de comportement.

Le décrochage scolaire entraîne souvent l’exclusion. Différentes formes d’exclusion peuvent prendre forme : l’itinérance, la toxicomanie, la prostitution, les problèmes psychosociaux, la délinquance et la criminalité. L’exclusion engendrée par le décrochage scolaire peut, quant à elle, conduire au décrochage social et faire en sorte que le jeune ne fait pas le plein exercice de sa citoyenneté. Il est aussi un obstacle à l’insertion professionnelle. Les conséquences du décrochage sont autant sur le plan individuel que sur le plan social.

Les conséquences sur le plan individuel

Sur le plan individuel, on fait référence aux conséquences humaines, c’est-à-dire celles qui affectent le jeune dans son individualité telles que :

  • Des lacunes sur le savoir et le savoir-faire.
  • Un manque ou une baisse de confiance ou d’estime de soi.
  • La méconnaissance de soi et des autres.
  • Un déficit de motivation et d’implication.
  • Un manque de confiance en l’avenir.
  • Un sentiment d’amertume à l’égard d’autrui.
  • Un sentiment d’exclusion.
  • La transmission intergénérationnelle de l’échec scolaire.

Les conséquences sur le plan de la famille

À cela s’ajoutent la perturbation de la vie familiale et l’augmentation de l’inquiétude des parents.

Les conséquences sur le plan économique

Le décrochage scolaire entraîne aussi d’énormes conséquences sur le plan économique. Selon l’étude de Pierre Fortin, professeur d’économie à l’UQAM (présentation faite lors des Journées interrégionales sur la persévérance scolaire et la réussite éducative au Québec, les 30-31 octobre 2008), l’obtention d’un diplôme qualifiant a un double impact sur le revenu des individus :

  • Le taux d’emploi augmente de 10,1 %
  • Le salaire augmente de 15,5 %

La persévérance, c’est payant !

Avec un diplôme, le revenu brut augmente de 6 800 $ (27 %) par année durant toute la vie active. De plus, le salaire des personnes ayant obtenu un diplôme qualifiant augmente plus rapidement que l’inflation, à un rythme de 1,5 % par année. Au bout de 45 ans, un diplômé enregistre un gain cumulatif supplémentaire de 439 000 $. Bref, la persévérance, c’est payant!

Pour l’ensemble du Québec, une baisse du taux de sans diplôme au niveau de celui de l’Ontario représenterait 2 700 décrocheurs de moins à chaque année. On parlerait d’un gain cumulatif annuel de 1,2 milliard de dollars. En Montérégie seulement, ce gain se chiffrerait à 250 millions de dollars.

Le décrochage engendre des coûts pour l’ensemble de la société…

Les coûts économiques du décrochage scolaire engendrent également des coûts pour l’ensemble de la société. En plus des salaires manquants et des revenus de taxes inexistants (impact fiscal), on peut ainsi parler de :

  • Délinquance et d’une hausse des coûts de prévention et de répression du crime.
  • Augmentation des prestations d’assurance-emploi, de celles de la sécurité du revenu et des frais qui y sont reliés.
  • Augmentation des coûts des services de santé.
  • Recrutement difficile de la main-d’œuvre qualifiée répondant aux différents emplois, des plus traditionnels à ceux de l’économie du savoir.
  • Baisse de la dignité personnelle et de l’implication citoyenne (bénévolat, engagement politique, etc.).

Les conséquences sur le marché du travail

Le décrochage scolaire est source d’impacts notoires quant aux possibilités qu’offre le marché du travail ainsi que sur l’adéquation de l’offre et de la demande d’une main-d’œuvre détentrice d’un diplôme qualifiant. Que l’on parle d’aptitudes au travail, du revenu manquant ou de la situation de l’emploi, l’avenir des décrocheurs demeure précaire.

Les aptitudes

Selon des études provenant de plusieurs sources au sujet des différences qui existent entre les décrocheurs et les diplômés sur le plan du revenu, de la situation de l’emploi et d’autres facteurs liés à l’emploi, il ressort que les décrocheurs n’auraient pas nécessairement obtenu les mêmes résultats sur le marché du travail que les diplômés (même avec un niveau de scolarité plus élevé). Les facteurs qui leur compliquent la tâche au secondaire tels que l’aptitude intellectuelle, la faible estime de soi, le manque d’aptitudes sociales ou de prévoyance peuvent nuire à leur rendement au travail.

La situation de l’emploi

Les décrocheurs ont beaucoup moins de chances d’obtenir un emploi que les diplômés. Le taux de chômage des diplômés du secondaire, hommes et femmes, est beaucoup moins élevé que ceux des décrocheurs. La transition école-travail n’est pas toujours facile pour les jeunes. À défaut d’avoir un diplôme qualifiant, il y a un risque que la période de transition s’allonge.

Le phénomène du décrochage scolaire fait en sorte que :

  • Les décrocheurs ont souvent des emplois précaires et sous-payés, donc des revenus instables.
  • Ils font souvent face à un va-et-vient entre les périodes de travail et de chômage.
  • Les décrocheurs sont une main-d’œuvre à bon marché et plusieurs entreprises en profitent grandement.
  • Le degré de scolarité a donc une incidence sur le revenu.
  • Moins on a les moyens financiers pour acquérir des biens, moins l’économie de la société peut bien se porter.

Selon le Conference Board du Canada, ne pas avoir de diplôme a, pour une entreprise, un impact sur la productivité. De plus, ne pas avoir de critères d’embauche élevés peut favoriser le décrochage scolaire parce que les capacités humaines ne sont pas utilisées à leur maximum. Par conséquent, la main-d’œuvre qualifiée peut devenir plus rare et les profits réels de la productivité d’une entreprise minime.

La concurrence accrue à l’échelle internationale, la création de nouvelles technologies et l’adoption de nouvelles pratiques de gestion des ressources humaines peuvent compliquer la tâche des jeunes, et plus particulièrement celle des jeunes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires, lorsqu’il s’agit d’obtenir et de conserver un emploi. Le marché du travail, en plus de ses exigences, présente de nouvelles formes d’emplois que les jeunes ne seront pas en mesure de combler, faute de compétences adéquates.

Le revenu

L’écart de revenu entre les diplômés du secondaire et les décrocheurs a été vu précédemment. Ajoutons que l’avantage ne réside pas tant dans le revenu pour un emploi à temps plein que dans la capacité à maintenir ce revenu en conservant un emploi à temps plein à long terme.

Donc, pour profiter de l’avantage considérable (27 % de plus) qui découle des études postsecondaires sur le plan du revenu, il faut d’abord obtenir un DES. Le décrocheur connaît et subit une perte de revenu durant toute sa vie active. Enfin, le salaire hebdomadaire des femmes qui ont décroché est beaucoup moins élevé que celui des décrocheurs de sexe masculin les moins bien payés.